Les pouvoirs publics s’alarment à juste titre de la forte proportion du suicide, en France, chez les plus de 75 ans. Et les sociologues ont décrit l’effet Werther, cette contagion du suicide chez les personnes qui ont un profil comparable à ceux qui ont mis fin à leurs jours. Le message implicite et inconscient que lance le jeune quinquagénaire aux personnes âgées, après avoir durement stigmatisé l’état de dépendance, c’est : réussissez votre sortie avant la vile dépendance ! Autrement dit : vous n’avez plus votre place parmi nous, les bien-portants.
Vous avez dit fraternité ?
Les personnes en fin de vie sont confrontées à des pressions externes qui leur dictent comment elles devraient aborder cette période. Or, la législation actuelle sur la fin de vie ne prend pas en compte ces risques normatifs. Un manque qu'il faudrait combler.
Déconstruisant le slogan “c’est un progrès social”, les auteurs dénoncent un discours convenu dont la visée est essentiellement individualiste. En toile de fond des revendications d’euthanasie, il y a une conception étroite de la liberté, qui résiderait dans le maximum de choix individuels que la société est chargée de fournir. Derrière l’image lisse d’un choix libre et volontaire, “éclairé” comme le disent les promoteurs de la mort médicalement provoquée, les questions à se poser abondent :
- Comment parvenir à un consentement libre sous le poids de la souffrance : si elle est mal soulagée ? Si le malade est isolé, dépourvu de perspectives et de soutien ?
- Comment les équipes médicales prennent-elles en charge la dimension psychologique et relationnelle de la maladie, au-delà des aspects techniques ?
- Et crucialement aujourd’hui, ces équipes ont-elles les moyens d’un accompagnement fidèle au serment d’Hippocrate ? La crise actuelle du système de santé étend une sombre perspective sur ce point.
Elle a expliqué que sa « souffrance a été validée au point d’être agréée pour l’AMM [MAID], ms aucune ressource supplémentaire n’a été accordée« . Ainsi le système savait qu’elle souffrait, terriblement. Mais il ne lui a pas proposé de soins pour autant. Des années de bataille ne lui ont pas ouvert l’accès aux soins, mais en quelques semaines seulement, on lui a permis l’euthanasie.
franceinfo : Est-il fréquent qu'un patient de votre service demande qu'on abrège ses souffrances ?
Xavier : Ce qui m'interroge beaucoup, c'est la notion de "fin de vie digne" et de "moment venu". C'est quand, le bon moment ? Qui le détermine ? Le patient, le médecin ? Sur quels critères ? Cette obstination à parler de "fin de vie digne" m'interroge aussi. Comme si aujourd'hui, en France, il était impossible de mourir dignement. Ce n'est pas le regard que j'ai sur mon métier au quotidien et sur les patients que j'accompagne.
J’aurais voulu trouver les mots. Te demander comment tu avais vraiment vécu la dernière année de confinement.
J’aurais voulu t’assurer de mon soutien, te promettre de te visiter tous les jours après l’opération. Je ne t’aurais peut-être pas fait changer d’avis. Tu étais si décidée ! Mais tu aurais mieux su à quel point je désirais encore passer du temps auprès de toi…
Je la quitte pour partir à la recherche du médecin. Son angoisse et sa confusion ont mis en lumière de façon évidente cette ambivalence humaine que l’on rencontre si souvent, je veux mourir, mais pas aujourd’hui. Je veux pouvoir changer d’avis. J'entends aussi ce sentiment si douloureux d'être une charge pour les gens qu'on aime, sa solitude et sa souffrance de ne pas voir ses enfants... La savoir dans une unité de soins palliatifs me rassure ; ici, la piqure qu’elle recevra sera pour apaiser des douleurs, pour mieux vivre le temps qu'il reste. Et demain sera un autre jour.
Cette « liberté » viendra s’opposer à la confiance entre les patients et les médecins et exercera une pression sur les malades dont la liberté de vivre jusqu’au bout sera ébranlée, presque déconsidérée.
Il y a aujourd’hui des personnes qui voudraient mourir mais ne le peuvent pas, on les entend. Demain, certains mourront sans l’avoir voulu, personne ne les entendra plus. Cela, aucune loi ne peut l’encadrer. La loi passera pourtant, si ce n’est cette fois, celle d’après. Mais chaque législateur qui y prêtera la main devra vivre avec le poids des morts.
Pourquoi l’affaire Vincent Lambert n’a-t-elle pas déclenché chez nous, en plus des tweets indignés et des réunions de prières – qui sont des très bonnes choses –, une avalanche d’adhésion aux associations qui vont visiter les pauci-relationnel ? Si les services croulaient sous les demandes de visites, si ces gens-là étaient traités comme des êtres humains, on ne se poserait pas la question de savoir si leur vie vaut quelque chose ou pas. Dans les associations, les gens apprennent à entrer en contact avec ce genre de malades, comment maintenir un lien humain. Mais cela demande du temps, de l’engagement : nous sommes trop occupés à twitter, à organiser des veillées de prière pour montrer qu’on est pour la Vie. Aucune législation pour l’euthanasie ne résistera à une vague de miséricorde qui envahira les hôpitaux. Mais cette vague de miséricorde, je ne la vois pas venir.
Considéré parfois comme un acharnement juridique résultant de controverses intrafamiliales exacerbées par des prises de position publiques inconsidérées, notamment de la part de médecins, le cas très particulier de M. Vincent Lambert interroge plus largement sur l'effectivité de nos solidarités et de notre sollicitude à l'égard de malades en situation de vulnérabilité extrême. Autant de questions essentielles, qui alimenteront le débat à la veille de la révision des lois de bioéthique, attendue pour cet été.
Je constate que souvent ceux qui font la promotion de l'euthanasie et du suicide assisté sont seuls dans la vie, ne se sentent responsables de rien, ne veulent dépendre de personne, ni reconnaître qu'ils sont (comme tout un chacun) faits des autres, par les autres et grâce à eux. Le fantasme de l'autonomie moderne prend toute la place au point de refuser toutes nos fragilités. Le plus souvent, dans les arguments avancés, il n'est pas question de couple, d'aventure conjugale, de vie partagée avec un autre, de joies à voir grandir ses enfants et petits-enfants mais d'isolement, de besoins sexuels, de vie seule, de corps défaillant.
Si vous m'aviez demandé lors de mes quarante-deux ans de « splendeur », avant mon accident, si j'accepterais de vivre la vie qui est la mienne depuis vingt ans, j'aurais répondu sans hésiter, comme beaucoup : non, plutôt la mort ! Et j'aurais signé toutes les pétitions en faveur d'une légalisation du suicide assisté ou de l'euthanasie.
«A force de ne connaître le peuple que par les médias on finit par prendre les médias pour le peuple. Et on a le sentiment parfois d’un consensus populaire, là où il n’y a, en vérité, qu’un consensus médiatique.» Du philosophe andré Compte Sponville
On peut tout vous pardonner, Christine Angot. On peut fermer les yeux sur votre agressivité chronique. Parce qu’ainsi va l’insignifiant et misérable spectacle médiatique. Mais pas là-dessus. Quand on bavarde à défaut d’agir, on endosse au moins la responsabilité de ne pas nuire aux acteurs véritables. Par des mots ignorants et tranchants dans un domaine d’infinie sensibilité, vous avez souillé l’engagement discret et patient de centaines de bénévoles, présents en silence, mais absents des plateaux télé. Vous nuisez à leur rôle essentiel, vous instillez le soupçon et la défiance dans cette relation toujours délicate, ce lien si fragile, entre un patient en fin de vie et le bénévole qui vient l’accompagner, qui vient l’aimer. Comment osez-vous ?!
Les soignants, les patients et leurs familles, ne s’y trompent pas, eux qui savent ce qu’ils vivent.
Et de quoi ils parlent.
La valeur du prendre soin de chaque personne jusqu'à sa mort naturelle, en soulageant ses souffrances, et la valeur de la solidarité pour que les moyens soient donnés aux soignants afin qu'ils accomplissent au mieux leur mission, sont éminentes. Choisir ces valeurs, c'est construire une société de confiance et de paix, où l'accompagnement fait d'écoute, de respect, de discernement est honoré en raison de ses compétences et de son humanité riche en compassion. Chaque jour des milliers de soignants le montrent. Souvent aux obsèques, les familles les remercient.
La vulnérabilité de personnes – jeunes et moins jeunes – en situation de dépendance et de fin de vie appelle non un geste de mort mais un accompagnement solidaire. La détresse de celles qui demandent parfois que l’on mette fin à leur vie, si elle n’a pu être prévenue, doit être entendue. Elle oblige à un accompagnement plus attentif, non à un abandon prématuré au silence de la mort. Il en va d’une authentique fraternité qu’il est urgent de renforcer : elle est le lien vital de notre société.
Dans trois cas récents, elle a clairement opposé un refus à une demande d’euthanasie. Et la réaction est parfois aussi paradoxale qu’humaine. L’une des patientes enchaîne directement en expliquant : « alors, il va falloir que je tienne jusqu’au 4 février, parce que mon fils va passer ». Un autre lui répond ces mots étonnants, pour quelqu’un qui demandait à mourir : « je croyais que c’était la meilleure solution possible, mais je vais devoir trouver une autre façon de continuer à vivre ». C’est, me dit-elle, que l’on entretient tellement certains dans cette idée que l’euthanasie devient pour eux leur « projet de vie », leur unique but. Pourtant, quand le refus est posé, ils s’en fixent un autre. Le troisième cas ? L’homme atteint d’une SLA. Un mois après, son épouse, initialement convaincue qu’il fallait accéder à sa demande, dit simplement qu’ « il est bien ».
Pour le Docteur Perruchio, la demande d’euthanasie relève globalement de deux ordres. Une demande de principe, presque militante, émanant de milieux cultivés, intellectuels et socialement favorisés. Et la demande des malades qui souffrent.
Cette demande-là, « on la traite ». Car dans un service de soins palliatifs, les patients sont là parce qu’ils vont mourir : que risquent-ils de plus, dans le traitement de la douleur ?
Reportage sur les dérives et dangers de la légalisation de l'euthanasie. Et sur la réponse efficace : les soins palliatifs.
Un brevet, déposé le 4 août par Facebook, introduit la possibilité pour le réseau social d'évaluer la fiabilité d'une personne dans le cadre d'un prêt ainsi que de communiquer ce score à des tiers. ==> Dans la même veine, des mutuelles pourraient savoir si vous êtes pour ou contre l'euthanasie, et vous accepter en fonction de ce critère (sachant que quelqu'un favorable à l'euthanasie coûtera en moyenne 6 mois de moins à assurer).