Nos confrères de Bakchich.info ont publié un reportage vidéo sur le projet de loi Création et Internet, qui résume parfaitement les problèmes pratiques et idéologiques soulevés par la riposte graduée et l'Hadopi. A voir et à faire circuler
« Pour les députés de la majorité, le fond n'a plus aucune importance. Alors qu'une deuxième lecture est généralement l'occasion pour le gouvernement de mettre de l'eau dans son vin et d'adoucir les dispositions qui font le plus débat dans un souci de conciliation, le scénario du rejet de la loi Création et Internet le 9 avril dernier a fait de son durcissement et de son vote massif une question d'honneur politique. Non seulement les députés UMP seront cette fois présents en nombre pour voter le texte et ses amendements, mais ils le voteront en plus dans une version la plus répressive possible. »
J'ai honte d'être français.
Les députés ont confirmé lundi en commission que l'internaute devra continuer de payer son abonnement même si son accès à l'internet a été suspendu pour cause de téléchargement illégal.
«La suspension de l'accès (...) n'affecte pas par elle-même, le versement du prix de l'abonnement au fournisseur du service», selon l'amendement du gouvernement adopté par une majorité de députés en commission.
Les adversaires du texte parlent d'une «double peine». La ministre de la Culture, Christine Albanel, présente en commission, a évoqué pour sa part «une peine globale face à l'acharnement de ceux qui piratent», indique-t-on de source parlementaire.
Cette loi n’est pas passée parce qu’elle est inapplicable et inégalitaire.
Le député de la Nièvre en appelle ainsi à des solutions comme celles issues des travaux de Philippe Aigrain, dont le livre « Internet et création » est à lire sur son blog, ou toute autre solution bien plus rémunératrice pour l’auteur que le bâton de l'Hadopi. « Pour ceux qui trouveraient insuffisante cette approche, je répondrai qu’elle me paraît beaucoup plus sécurisante que la loi Hadopi qui ne garantit pas un euro de plus aux artistes, sauf à croire que les « téléchargeurs » vont se replier en masse sur les cd ou sur des services en ligne (alors même que le streaming est gratuit, et que le téléchargement devient bien moins nécessaire avec l’internet mobile…) ».
Les majors, qui ont déjà compris que la loi Hadopi ne marchera pas, sont en train de mettre en place la licence globale, à leur seul profit, en se préparant à offrir des abonnements spécifiques sur internet qui permettront d'avoir accès à la totalité de leur catalogue, pour un prix forfaitaire (...) Les artistes en seront écartés, s'ils ne sont pas dans ces catalogues. Et même s'ils y sont, ils n'en auront que les miettes ;
Tout simplement, nous ne voulons pas cautionner un système qui oppose les auteurs et leur public, alors même que le projet de loi n’offre pas un euro de plus à la création.
Nous voudrions juste que ceux qui nous interpellent prennent conscience que voter une loi est un acte plus grave que de signer une pétition. C’est un engagement au service de l’intérêt général dont on doit répondre la tête haute, sans raser les murs.
On refuse même de débattre de notre proposition de « contribution créative » au prétexte qu’elle ne serait pas à la hauteur des enjeux financiers du téléchargement. De qui se moque-t-on ? La redevance de deux ou trois euros mensuels que nous proposons couplée à la réorientation de la taxe sur les FAI générera près d’un milliard d’euros pour rémunérer chaque année les droits d’auteurs, quand Hadopi ne leur rapportera pas un centime.
Elle est aussi l’occasion de forcer un dialogue sur les coûts de fabrication et de diffusion des produits culturels.
Nous sommes donc dans un dispositif où les députés sont en position de force car c'est eux qui auront le dernier mot.
Notons la délicatesse de ce passage : « Ce n’est désormais plus la teneur de ce texte qui est en cause. Ce qui importe c’est le problème politique créé par son rejet surprise et par le comportement absurde de l’opposition » tranche Copé.
Autrement dit, on demande aux députés d'être explicitement instruments au service du Parti.
Pour être très précis, il s'agit de 2 syndicats, pas de leurs membres.
De là à se poser la question de savoir si ces syndicats ont été approchés par la SACEM ou un équivalent...
En tout cas, leur indépendance de pensée est manifestement corrompue...
Les états-majors politiques devraient se méfier du potentiel de radicalisation des plus jeunes dont ce genre de thématique est porteur. L'image du pirate, en particulier, suscite leur adhésion. Le héros moderne est un jeune hacker qui défie le système.
Ce système, au demeurant, n'offre aucune perspective d'avenir aux jeunes, tout en leur faisant déjà mesurer le poids de la facture qu'ils auront à payer - climatique, environnementale, économique, etc. Il sauve la peau de banquiers dont l'irresponsabilité a fait partir des milliers de milliards de dollars en fumée, mais plonge leurs parents et des pans entiers de l'humanité dans la précarité. Il ne prévoit aucune sanction contre les financiers de haut vol qui ont mis l'économie mondiale à genoux par excès d'avidité, mais veut couper l'accès à Internet de ceux qui téléchargent des chansons sans payer.
Nous, le peuple de la science-fiction, auteurs, traducteurs, illustrateurs, critiques et chroniqueurs, essayistes, libraires, blogueurs, éditeurs et directeurs de collection, tenons à exprimer par ce texte notre opposition à la loi Création et Internet.
Aussi, plutôt qu'interdire, la sagesse, mais aussi le réalisme, devrait inciter à laisser libre cours à la liberté d'innover et de créer. Le futur qu'il nous faut inventer chaque jour ne doit pas être basé sur la peur, mais sur le partage et le respect.
De sorte qu’à la perspective de remettre au pot des ayants droit héritiers de feu Jean-Pierre Melville, je me suis dit que pour le Cercle rouge, j’avais, lors de beaucoup de vies antérieures au numérique, suffisamment craché au bassinet.
« J'avais réalisé une rapide analyse pour un député du surcoût engendré par cette loi pour une petite entreprise (moins de 20 salariés). Je l'estime de l'ordre de 10 000 à 20 000 € en pièces et main-d'œuvre, uniquement pour sécuriser le réseau, non pas contre les attaques externes, mais contre d'éventuels usages inappropriés de l'intérieur, usages qui, hors Hadopi, ne présentent aucun risque majeur pour la société. Par exemple : il faut remplacer les switches par des modèles administrés, forcer l'authentification des postes de travail sur un serveur d'annuaire, installer un proxy authentifié, et ainsi de suite. Toutes ces mesures, en plus de leurs coûts, ajoutent des contraintes et rendent l'usage de certains services comme Skype problématiques, à moins d'engager des dépenses supplémentaires chaque fois que le besoin se présente. »
Quelques logiciel de P2P anonymes.
Il y a une semaine, Sylvain Zimmer, l’un des fondateurs de la plate-forme de musique « libre, légale et illimitée » Jamendo, faisait paraître un intéressant article témoignage dans la presse (en l’occurrence Le Monde), que nous avons choisi de reproduire ici avec son autorisation (oui, je sais, c’est sous licence Creative Commons, donc il n’y a pas besoin d’autorisation, mais rien n’empêche l’élégance et la courtoisie).
3 000 jours de retard, ça nous ramène directement à l’époque de l’apogée de Napster, où il n’était quand même pas si compliqué de comprendre que nous étions à l’aube de grands bouleversements dans le monde musical…
Il n’est pas inutile de rappeler que l’adoption de l’Hadopi, à l’instar de n’importe quel autre placement, sous surveillance, et par principe, de tout ou partie des internautes, ne pourra que nous entraîner à apprendre comment se protéger, et garantir nos libertés.
J'ai l'expérience de ce genre de débat. Lorsque j'étais au gouvernement (ministre de la Culture du gouvernement Jospin, de 1997 à 2000, NDLR), j'ai eu des problèmes avec la loi audiovisuelle. Il n'y a pas de honte à retirer un texte.
Des tracs pour la culture, donc contre Hadopi.
Nous sommes en deuil si Hadopi passe.
L'association « se félicite du ferme soutien du Parlement Européen sur le principe que les fournisseurs de communications électroniques ne devraient pas être invités à prendre des mesures contre le consommateur en dehors d'une ordonnance du Tribunal ».
En somme, l'ETNO montre ici nettement sa désapprobation à la loi Hadopi, et plus précisément à la riposte graduée, cette dernière passant par une simple autorité indépendante, et non un juge, pour couper l'accès à Internet des personnes soupçonnées d'avoir téléchargé illégalement.