En premier lieu, ils rigolent. Parce que croire qu'une loi française appliquée en France va régler le problème du piratage au niveau mondial c'est ... drôle.
En dehors des producteurs de disques qui ont perdu des revenus significatifs ces dernières années, l'industrie musicale dans son ensemble se porte bien.
"La gauche - notre famille - c'était le refus d'un ordre purement marchand. C'était la protection du faible contre le fort. En particulier pour la culture", écrivent ainsi les quatre artistes de gauche.
Sans doute n'ont-ils pas compris que la mission officielle de l'Hadopi, reconnue par Christine Albanel elle-même, est de "favoriser l'offre légale", et donc d'installer la culture dans un "ordre purement marchand", alors que le piratage (un autre mot pour dire "partage") vise à l'en sortir en favorisant l'échange culturel non marchand entre les citoyens.
La preuve par neuf que l'offre légale en matière de film est minable !
Qu’importe en fait, car la vraie bataille est à venir. En effet, l’idée d’une définition des droits fondamentaux européens dans l’univers numérique fait petit à petit son chemin, et cette fois, la menace est prise très sérieux par les représentants des ayants-droit.
Et pour cause, les tenants d’une charte des droits fondamentaux du Net ont l’intention d’en exclure purement et simplement la propriété intellectuelle et artistique. Au motif que celle-ci n’est finalement que l’expression d’un corporatisme de quelques entreprises spécialisées. Ce qui n’est pas faux, mais pose un problème conséquent...
Mars 2010: Nicolas Sarkozy enterre la riposte graduée...
Un remix, avec à l’image, le dernier Star Wars, et au son, une selection du best of du débat Hadopi 1. Brillant. Vive la Remix Culture !
22h59 Je n'avais pas observé de nouvelles questions" voilà pourquoi je n'ai pas répondu tout à l'heure, tiendra en substance la ministre. Nous vous proposons un projet de loi massivement approuvé, et vous nous proposez la licence globale. Vous revendiquez toujours les mêmes objectifs. Rendez vous dans un an pour les résultats de cette loi.
Chiche !
"Je me suis donc fait suspendre, sans avertissement, … ma connexion au micro de la tribune de l’Assemblée", s'étrangle pour sa part Lionel Tardy, victime de la même censure. Il se dit aujourd'hui "la première victime de l'Hadopi".
Le député estime que "cela préjuge mal des discussions à venir", et "espère que ma connexion sera rétablie sous peu pour que je puisse m’exprimer sur ce texte".
On découvre ainsi que la « communication électronique » possède deux branches : d’une part la correspondance privée soit les emails, la messagerie instantanée, etc. d’autre part, la communication au public par voix électronique. Celle-ci se subdivise elle-même en deux sous-branches, la communication au public en ligne, mais également la communication au public par voix audiovisuelle, laquelle embrasse depuis la loi sur l’audiovisuelle les services de médias à la demande (SMaD), dont font partie les Youtube, Dailymotion mais également les sites de streaming.
On le voit, utiliser « communication électronique » permet de taper sur bien d’autres secteurs que le monde du P2P et avanttout sur les emails !
La commission a donc décidé de supprimer l'amninistie aux P2Pistes pré-Hadopi, parce que "rien ne justifie de mettre fin aux actions engagées contre les contrefacteurs sur un fondement pénal au motif que l’on crée une sanction administrative à l’égard des abonnés négligents, qui peuvent être des personnes distinctes des contrefacteurs".
Petit à petit, le filtrage prend donc ses marques. Nicolas Sarkozy l’a réclamé de toute urgence pour contrer les contenus pédophiles sur le web, mais il se concrétise dès à présent autour des jeux d’argents et des paris en ligne, via ce texte. La loi Hadopi possède elle aussi son filtrage, mais il est nettement plus feutré : on évoque la possibilité pour le juge d’ordonner « toute mesure » contre « toute personne » pour faire cesser un acte de contrefaçon, mais les débats parlementaires ne trompent pas sur cette idée rampante qu’attendent avec impatience les ayants droit.
"L'obession de faire passer le texte à tout prix, dont je vois bien à quoi il correspond, me paraît de ce point de vu là dangereuse et révélatrice. C'est révélateur d'une chose en particulier, c'est qu'il n'y a pas de liberté du Parlement par rapport à l'exécutif"
C'est à ce moment là que j'ai abandonné la partie.
Conclusion: Ce n'est pas de sitôt que je retenterai l'expérience. Les offres de téléchargement payantes ne sont vraiment adaptées que pour le porno.
Faudra-t-il un jour ajouter les auteurs et éditeurs de livres scolaires à la liste des industries à indemniser par une licence globale ? Ou faut-il contrôler et lutter contre les copies par la menace du bâton ou de la riposte graduée ? Plus qu'un choix économique, c'est un choix de société, dont on commence à peine à décerner l'ampleur à venir.
« Nicolas Sarkozy en fait un point d'honneur ».
Et ce faisant, il en fait un objet de honte et de dégoût !
Mais plutôt, c'est plus grave, que les internautes qui défendent ces causes n'ont pas l'espoir que la démocratie du 20ème siècle puisse s'adapter à celle qu'ils créent ensemble au 21ème siècle.
Dit autrement, l'Hadopi ne changera strictement rien pour l'internaute, mais fragilise le sentiment d'appartenance du citoyen à une démocratie qui ne veut plus l'écouter. Elle participe à développer le "risque révolutionnaire" dont a parlé Dominique de Villepin.
Je regrette que ceux qui préconisent la chasse aux internautes ne sont pas les plus respectueux du droit des artistes
L’UMP va devoir mettre la main au porte-monnaie pour contrefaçon. Un coup dur à la veille du nouvel examen de la loi Hadopi sur les droits d’auteur et internet. Le parti de la majorité devra débourser un peu plus de 30.000 euros pour avoir utilisé sans autorisation un titre musical du groupe américain MGMT.
Patrick Waelbroeck est professeur associé à l’ENST au département Économie et Science Sociale. Il y enseigne l’économie industrielle et l’économétrie. Il est détenteur d’un doctorat obtenu à la Sorbonne et fait une partie de ses études à Yale. Ses recherches actuelles portent sur une approche à la fois pratique, scientifique et empirique du piratage sur internet et la protection technologique des industrie créatives. Il est également membre du comité éditorial du Journal of Cultural Economics. Il a publié de nombreux travaux sur le sujet du piratage et de l’industrie culturelle et fait parti des sommités mondiales sur le sujet.