Enfin — et c’est loin d’être secondaire — le climat idéologique a basculé.
Une logique néolibérale s’est insinuée dans le soin : le thérapeute devient prestataire, le soin une offre, l’accompagnement un service, et les besoins humains des segments de marché. Cette manière de penser colonise les imaginaires, impose ses indicateurs, ses évidences, ses promesses calibrées. Elle privilégie la visibilité plutôt que la présence, la performance plutôt que la profondeur, la rentabilité plutôt que la rencontre. Elle simplifie, absorbe, uniformise, appauvrit la complexité des expériences humaines et finit par imposer un cadre où le mot « mieux-être » lui-même, comme dit plus haut, ne signifie plus vraiment ce qu’il voulait dire. Et le public, pris dans cette dynamique, semble parfois en redemander. Dans un tel environnement, Mieux-Etre.org ne peut plus parler depuis un lieu juste. Il ne peut plus se tenir à l’écart de ces logiques, ni y répondre sans se trahir. La cohérence collective des débuts s’est dissipée, et l’intention initiale ne trouverait plus sa place dans ce paysage morcelé — du moins pas sous ce nom, dont le sens premier s’est effacé, ni sous la forme que le portail a connue. Continuer ainsi n’aurait été qu’entretenir une forme devenue trop étroite.
15544 shaares