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S’agirait-il pour autant d’un « magistère de la Parole » ? Notre catéchisme (§ 108) rappelle que le christianisme n’est pas une « religion du Livre » mais une « religion de la Parole ». La distinction a ici toute son importance. La Parole n’est pas un discours de Dieu sur la foi et les mœurs. La tradition catholique elle-même n’a rien à voir avec l’identification d’une norme statistique au sein des textes du magistère. Il y a même quelque chose d’idolâtre à penser qu’une IA pourrait présenter une synthèse des mystères de la foi. La parole de Dieu est toujours un événement, l’irruption d’une nouveauté radicale qui, loin de conforter notre savoir, le met en défaut.
Car cette Parole, c’est Dieu qui vient à notre rencontre. C’est une Parole qui s’est incarnée en la vie et les gestes de Jésus, qui s’est faite proche pour qu’à notre tour nous nous adressions aux autres comme à des prochains. La parole de Dieu, comme toute parole, est une mise en relation. C’est pourquoi la seule manière de l’annoncer est de la porter par des voix charnelles à des oreilles humaines. Dès lors, penser sauvegarder le « magistère de la Parole » par une IA, c’est ne pas voir que l’IA est intrinsèquement une profanation de la Parole, une humiliation de la chair. Si la Parole a un magistère, celui-ci ne peut consister en rien d’autre qu’en une parole à laquelle on puisse répondre, que l’on puisse rencontrer, avec laquelle une amitié soit possible (cf. 1 Jn 1, 1).