Ce qui importe dans l'écriture, c'est que tout le monde écrive pareil, d'où son conservatisme nécessaire: si l'on change tout le temps les normes, même pour «améliorer» les choses, on introduit une incertitude dans le code orthographique qui empêche son automatisation. L'arbitraire orthographique — toutes ces exceptions qui nous embêtent dans l'apprentissage — est le fruit d'une sédimentation qui doit au hasard et, à la marge, à des décisions pratiques. Cela permet justement de ne pas avoir à décider du meilleur code graphique possible puisqu'il est déjà figé et, surtout, parce qu'il ne dépend pas de nous. L'écriture inclusive introduit l'idée qu'on pourrait avoir une orthographe investie d'un souci moral — et, du coup, différente selon ses sensibilités politiques: sur le plan social, c'est éminemment clivant… et c'est fort peu «inclusif»!
Évidemment, je prends là «conservateur» au sens propre alors que le mot «conservateur» est souvent employé dans un cadre idéologique avec des connotations négatives, parce qu'on veut l'opposer à «progressiste». C'est un artifice et c'est une polarisation qu'il faut refuser. Les étiquetages de type «réactionnaire» et «révolutionnaire» n'ont de sens que pour les militants qui y croient et qui veulent intimider et diaboliser un adversaire. Intellectuellement, c'est une escroquerie. Il n'y a pas de progrès en grammaire.