Nous parlons vous et moi la même langue mais nous avons chacun notre manière de parler. La langue est notre système de pensée, la parole la manière que l’on a de s’approprier la langue. C’est pourquoi la langue nous dépasse : elle préexiste à nos identités, elle nous relie au-delà de nos particularités. La langue est ce qui structure la pensée. Si l’on réduit la langue à la parole — si chaque mot devient une revendication de soi — on ne pense plus, on s’affirme. A privilégier la parole sur la langue on gratifie l’identité mais on désavantage la pensée.
Alors ne confondons pas les idées que véhicule la langue avec les identités que revendique la parole. Parlons au niveau des idées et non des identités, c’est à cette condition qu’on retrouvera les promesses d’une pensée et la richesse d’un débat.