Qd bien même la majorité des manifestants serait constituée de croyants, n'y aurait-il pas une faute intellectuelle, et peut-être politique, à réduire leur discours à une conviction religieuse pour mieux le neutraliser? A cette approche étriquée de la laïcité, Habermas oppose que l’État libéral a au contraire "intérêt à donner libre cours aux voix religieuses dans la sphère publique politique" et qu'il "ne peut pas décourager les croyants et les communautés religieuses de s'exprimer aussi politiquement en tant que tels, parce qu'il ne peut pas savoir si en procédant de la sorte, il ne coupe pas la société séculière de ressources importantes pour la fondation du sens". Certes, la condition d'une telle prise en compte est que les croyants jouent le jeu de la raison publique séculière et fassent l'effort de "traduire" leur position en des raisons susceptibles d'être entendues par tous leurs concitoyens ; ce à quoi les opposants au projet loi se sont largement astreints ces derniers mois.
15525 shaares