Dès les premiers mots, les filles sont en avance sur les garçons en développement du langage, et maintiendront par la suite cet avantage en lecture et en orthographe. Dès le cours préparatoire, les performances en mathématiques commencent à diverger entre garçons et filles, à l’avantage des garçons. A la sortie du système scolaire, ces inégalités se prolongent par des choix d’orientation différents.
Pourquoi le développement cognitif, les apprentissages et les préférences suivent-ils des trajectoires en partie différentes, en moyenne, entre garçons et filles ? Quels sont les facteurs sociaux qui peuvent influencer ces trajectoires ? Et quelles sont les preuves des effets causaux de ces facteurs sociaux ? Quels sont les facteurs biologiques précoces qui pourraient aussi être impliqués ? Et quelles sont les preuves de leurs effets ? Pourquoi donc des différences cognitives entre les sexes auraient pu être sélectionnées au cours de notre évolution ?
En replaçant notre problématique scolaire dans le cadre plus général de l’héritage d’un milliard d’années de différences entre les sexes, nous examinerons les données et les niveaux de preuve à l’appui de toutes les hypothèses, pour tenter d’en dégager les explications les plus plausibles dans l’état actuel des connaissances.
Une conférence de Franck Ramus, directeur de recherche au CNRS
Cette conférence a eu lieu à l'ENS de Paris, à l'occasion de l'assemblée générale de l'afis 2025.
Il reste une question : l’étude que ce politiste vient de publier menace-t-elle la crédibilité de la théorie générale de la dissonance cognitive ? Dans les années qui ont suivi l’« observation participante » de décembre 1954, de nombreuses expérimentations, menées sur des étudiants mis en situation, ont confirmé le déclenchement d’esquives cognitives visant à retrouver une cohérence de soi lorsqu’on affronte une contradiction interne : déni, oubli, nouvelle hiérarchie de ses valeurs, etc. « Il est tout à fait sain, en sciences, d’avoir un droit de regard critique vers le passé. Mais il faut distinguer les conclusions peut-être en partie hyperboliques de L’Echec d’une prophétie et la théorie de la dissonance cognitive, qui présente un modèle plutôt robuste dans des conditions expérimentales », relève Gérald Bronner.
La dissonance cognitive est désormais une notion bien ancrée dans la psychologie sociale contemporaine, aidant aussi bien à la compréhension de comportements individuels qu’à l’analyse de phénomènes collectifs. Elle survivra au déboulonnage de l’étude rocambolesque qui en a été à l’origine. Thomas Kelly lui-même reste prudent sur l’impact de son article : « A lui seul, il ne démontre pas que la théorie de la dissonance cognitive est erronée », admet-il. Mais il suggère que ses révélations devraient, à tout le moins, offrir l’occasion de repasser au peigne fin l’ensemble des preuves sur lesquelles cette théorie a été bâtie.